Gilbert Bordes

Publié le par Patch :0055:

Le silence de la mule de Gilbert Bordes

Nous sommes en 1928. En Corrèze. Les temps sont difficiles. Pour ceux qui n’ont pas de terre à travailler afin de pouvoir vivre, la solution réside dans la main-d’œuvre qu’ils représentent. Ils se regroupent, à l’occasion de foires, de marchés, et lorgnent sur ceux qui, par leur prestance, donnent l’allure d’être riches, ceux qui possèdent et embauchent. C’est ainsi que Jeanne et sa mère vont être employées au domaine de l’Etanchade. Un des plus grands de la région. Hameau de cinq fermes, entouré des meilleures terres. Henri Couperade, homme bon et généreux, en est le maître. Mais très vite Jeanne va se retrouver seule, sa mère mourra un an après leur arrivée. Son dernier soupir sera pour le maître des lieux, elle lui confiera sa fille, lui demandera de veiller sur elle, ce qu’il acceptera en prêtant serment. Mais pour Jeanne, tout n’est plus que détresse et égarement. Etant sourde et muette, sa mère était tout pour elle, son point de repère, dans ce monde qu’elle ne peut comprendre et qui lui fait peur. La déchéance attend Jeanne, car elle ne peut rien faire seule, elle sera affectée aux cuisines sous la garde de Marthe et Eliane. Mais le domaine est grand, les hommes y sont nombreux à travailler. Et celle que l’on nomme « la mule », surnom dû à son handicap, sans sa mère pour veiller sur elle, est devenue la proie facile. La déchéance se mêlera à l’avilissement. Jeanne deviendra le souffre douleur, le passe-temps. Les coups, les viols seront son quotidien. Blaise, un fils, naîtra du déshonneur....

Avec l’année 1945, arrivera Antoine. Fils de l’ancien patron de la mère de Jeanne, héritier d’une longue lignée de meunier, dont il ne reste du patrimoine familial, qu’une maison en cendre, une famille disparue, et un trésor caché. Bien décidé à reconstruire et redonner vie au moulin de son grand-père, il lui faudra retrouver cet héritage perdu, que seule la fille de l’ancienne domestique de sa famille pourrait retrouver.

La rencontre, inévitable ne se fera pas sans mal, car Jeanne sait maintenant qu’il faut se méfier de ces hommes, dont le sourire n’est que tromperie. Tandis qu’au domaine, certains ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de celui qui a décidé de prendre la « mule » sous sa protection. C’est qu’elle en a vu la « mule », et comme Antoine s’est mis dans la tête de lui apprendre à écrire, il ne serait pas bon que certaines vérités voient le jour....

 

Gilbert Bordes nous livre ici un roman très dur, sur un sujet difficile. Les moyens mis en œuvre pour aider les personnes affectées d’handicap telle que celui de son personnage, ne ressemblant en rien à ceux que nous pouvons connaître, la vie leur était très dure à cette époque. Relégués au rang de bête, charges importantes pour la famille, bouche supplémentaire et inutile à nourrir, leur destin n’était pas des plus réjouissant. Souvent abandonnés, les placements étant rendus quasiment impossibles par manque de structure adaptée, leur existence devenait incertaine lors de la mort des parents proches. Mais très souvent, par leur perception de la vie, rendue différente de la nôtre, ils sont capables de bien des leçons d’espoir et d’essentiel à notre égard....

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M
Tu fais super bien passé ce que l'on ressent à la lecture du livre. Je ne savais pas avant de le lire comment on les traitait à l'époque ( j'ose penser que l'on s'est arrangé de nos jours)
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P
Oui, un bon livre très dur, heureusement les temps ont changés (un peu)....Il est clair qu'en ce qui concerne l'adaptation de la société aux handicapés, un travail énorme est encore à faire....;o (
B
Si elle aime !!
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P
Ah pardon, je rectifie..Si "elle" aime....;o )
B
Merci je le note pour quelqu'un qui adore ce genre de livre.<br />  
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P
Joli cadeau...;o ) S'il aime ce genre de livres, il ne devraIt pas être déçu...
S
Voilà un livre que je ne connaissais pas. Mais je crois que je souffrirais trop en le lisant car cette histoire parait bien dure. Je pense avoir besoin encore de me voiler les yeux sur la souffrance de ceux qui la vive et l'écrive. Quand je serais prête, je penserais à ce livre Patch. Merci pour ton avis toujours avisé.
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P
Pas de problème saperlipopette, serais-tu une grande sentimentale? ;o ))