Il était une fois....
(19ème livre du challenge ABC lettre "E")
Jacquou le Croquant d'Eugène Le Roy
Est-il encore utile de présenter ce grand classique, et excellent livre, qu’est l’histoire de « Jacquou le Croquant » d’Eugène Le Roy....Ne serait-ce que pour la mémoire, pour ceux qui ne l’ont pas (encore) lu ou les générations à venir, oui je le pense. Car il est, à travers ce récit, un peu notre histoire, notre passé, celui d’un peuple qui s’est soulevé, qui a pris le parti de vouloir se faire entendre en affrontant les dignitaires d’une classe sociale quelque peu dédaigneuse du paysan ou autres gueux que représentait le citoyen moyen de l’époque...
Jacquou, qui est le narrateur tout au long de ce livre, nous conte sa vie, son histoire, ses déboires et sa réussite, le tout en respectant le langage paysan qui est le sien, ce qui en outre, permet au lecteur d’éprouver cette toile de fond qu’était cette vie dure d’autrefois, ce terroir du Périgord.
1815. Métayers sur le domaine du Marquis de Nansac, les parents du petit Jacquou, n’ont que le très peu pour vivre. La maison est délabrée, les repas se limitent de soupe, de tourte de pain dur, de pomme de terre et d’oignons. Les quelques oiseaux ou autres lièvres rapportés du braconnage de la nuit serviront à faire quelque sous afin d’obtenir les sabots de rechange ou autres produits de première nécessité. Mais les notables que sont les Nansac, vaniteux et malveillants personnages, n’ont de cesse que d’appauvrir cette population qui ne peut se permettre de rétorquer sous peine de se voir misérablement chasser et au risque de finir mendiant. Et c’est ainsi que le père de Jacquou, Martissou, se verra interdire cette chasse par le régisseur du Marquis, au prétexte que celui-ci ne trouve plus de lièvre sur son domaine et par là–même obliger de se défaire de sa chienne, volonté qu’il refusera d’appliquer. Sur ce refus, le Marquis le fera mettre dehors de la métairie et fera abattre le chien. Mais Martissou, n’est pas de ceux qui se laisse facilement impressionner, issue des derniers croquants du Périgord, il abattra d’un coup de fusil le régisseur du domaine. Suite à ce geste malheureux, Jacquou verra son père condamner à vingt-ans de galère, les travaux forcés. Martissou y perdra la vie. Comme le malheur ne vient jamais seul, viendra le tour de la mère de Jacquou de mourir épuisée par le travail et le désespoir.
Se retrouvant orphelin, Jacquou grandira avec au fond de lui, une haine incommensurable envers les notables, et en particulier les Nansac. Mais les années passant, son esprit et sa haine s’apaiseront. Il retrouvera goûts à cette vie jusqu’au jour où le destin l’obligera à faire face à ses anciens démons....
Même s’il n’est pas évident à la lecture par le langage utilisé, langue paysanne et vieux français, j’ai trouvé ce roman captivant me faisant passer tour à tour du sentiment de colère à celui de la tristesse, de la compassion, du désespoir à celui de l’espoir.
Et là où certains diront que les choses ont bien changé depuis, je répondrais que je ne le crois pas vraiment. Assujettis à notre petit confort quotidien nous avons oublié et perdu l’essentiel pour beaucoup d’entre nous....
Le tableau est transformé, les couleurs ont été rajeunies, l’éducation normalisée, on y a mis les formes et l’instruction....Et si les « Nobles bourgeois » d'aujourd'hui ne portent plus, ni perruques, ni frasques colorées, le dédain qui marque leur visage, leur volonté de réussite et soif de pouvoir mêlées au mépris que leur confère leur rang et bel et bien toujours le même....
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