Etouffante liberté…
(21ème livre du challenge ABC lettre "M")
Un abri en ce monde de Mary McGarry Morris Le molosse. Tel est le surnom de Gordon Loomis. A peine sortie de prison ou il vient de passer ses vingt-cinq dernières années, il va devoir affronter un ennemi insoupçonnable. La liberté....
A peine retrouvée, elle va l’envahir, l’étouffer, le harceler, l’assaillir et avec elle, ce sera le regard des autres, adversaire non moins redoutable et pénible qui vont le traquer. Si ce n’est la surprise, la curiosité que sa présence évoque, l’impression d’être une bête de foire, il va devoir faire face à la peur qu’il provoque chez les autres. L’internement l’a privé de tout, et il doit tout réapprendre, tout redécouvrir. Tout ce qui fait que l’on est, que l’on existe, que l’on est une personne. Le dialogue, l’approche, les sentiments, la douceur. Mais après tant d’années tout n’est que difficultés et lui n’aspire qu’à une chose, la solitude. Pas évident de passer inaperçu quand on mesure deux mètres pour cent soixante kilos.
Pourtant la vie est là, elle doit continuer et reprendre son cours là où vingt-cinq auparavant elle c’est arrêté pour Gordon. Il doit retrouver sa place, refaire son trou au sein de cette société, de cette communauté, des laissés-pour-compte de Nash Street, son quartier. Très vite, Dennis, son frère, va prendre les choses en mains. Il va lui fournir un travail, le pousser à sortir, revoir Delores, son amie de toujours, l’inviter à reprendre goût. Il veut le meilleur pour ce frère qui refait surface après tant d’années. Comme une renaissance....
Mais on ne fuit pas son passé, on vit avec, et Gordon le sait. Le meurtre qu’il a commis ne lui laisse que peu d’espace, une infime parcelle de droit....Alors il va se terrer, se résoudre au minimum, boulot-maison. Ce sera sans compter sur la pugnacité et la ténacité de Delores et celle de Jada, la gamine d’en face qui survit grâce à de petits larcins, qui n’auront de cesse que de le forcer, le remettre en selle, et ce parfois malgré lui.
Ce magnifique livre de Mary McGarry Morris, long de ces 504 pages, s’avale sans difficultés. On se plonge jusqu’à s’envelopper dans l’histoire. Tantôt bouleversant, tantôt dur, on se prend à aimer ce personnage, ce Gordon au passé meurtrier. Un livre qui nous apprend le pardon, et qui montre combien le mot liberté ne va pas sans peine et peut parfois se montrer un ennemi redoutable. Un récit très sobre ou l’amplitude des sentiments ramène la dignité au rang de noblesse...A lire sans modération...
Si j’ai pu lire ce petit chef d’œuvre c’est grâce à Cuné que je tiens à remercier….à lire son magnifique billet ici....
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